Régression?( 10/01/13)

Dans un ouvrage écrit en collaboration avec Pierrick Hamelin (« Objectif corps » aux éditions du Petit Véhicule), nous avons envisagé le corps comme dernier espace de conquête. La vitesse ayant réduit les espaces géographiques en termes de temps nécessaire à les parcourir, il fallait un autre espace d’investigation, qui fut, celui là, centré sur l’humain, sur son corps.

Déjà désigné comme obsolète et surnuméraire, ce corps est l’objet, depuis quelques années d’un investissement plastique et médicalisé, technicisé dont le but est de s’en émanciper.

A bien y regarder, ce qui a valeur aujourd’hui de progrès indiscutable et salutaire (n’annonce-t-on pas la mort de la mort ?) a comme un parfum de régression.

Ce recentrage égocentré confirme le principe d’auto-référenciation (lire à ce sujet « Crise et crise », chez le même éditeur) et sous couvert d’une optimisation médicalisée de l’objet-corps, mais aussi de l’objet-cerveau, il s’agit bien d’une sorte d’invagination forcenée, d’un repli, d’une mise en boucle.

Dans le cas de figure du post humain, horizon du nouveau sujet, on prépare une entité qui sera plus que jamais sa propre référence et dont le « présentiel » risque d’être des plus aléatoires.

A quoi bon en effet être présent à l’Autre, accepter sa présence en nous, si cet autre se réduit à un autre-nous-même, répétition d’un même virtuel ?

Après s’être affranchi de l’espace, celui que l’on arpente, qui génère de la distance, mais aussi qui existe entre soi et l’autre, qui génère du désir, mais aussi du manque et sans lequel aucune séduction ne peut opérer, l’horizon de l’humain se referme sur lui-même.

Le narcissisme n’aura jamais rien eu d’aussi radical et fatal.

 

Marc Bozec.



10/01/2013
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