production immobile (19/05/13)

Voilà déjà quelque temps que je n’ai pas écrit d’article. Somme toute, la production et en baisse…

Cette notion de production sous-tend nos activités et module notre quotidien. Nous l’avons déjà constaté, ce sont bien des fragments que nous produisons, faute de pouvoir nous inscrire dans la continuité, de prendre le temps dont nous disposons, nous nous livrons à des successions comportementales quelque peu compulsives et  comme le faisait remarquer il y a peu Pierrick Hamelin, nous gérons du flux, des flux.

Il s’agit de parer au plus pressé… Et en soi cette expression est des plus révélatrices : si la vitesse, la précipitation s’y dévoile d’emblée, la notion de parade elle, est plutôt ambiguë.

Plus qu’un acte anticipateur organisationnel, il s’agirait plutôt d’un mouvement d’évitement, un mouvement pour s’éviter comme pour éviter l’autre. En produisant tout azimut des fragments, des flux de fragments, leur localisation devient improbable de même qu’est improbable la localisation et l’identification de l’émetteur. Il faut jouer de la vitesse pour étourdir et s’étourdir, en quelque sorte. Et cela, paradoxalement en faisant le choix de l’immobilité.

 La géolocalisation à tout va semble être un mode de sécurisation et de renforcement des réseaux (tout est géolocalisé, le portable du correspondant, le déplacement de l’enfant sur le trajet qui le mène à l’école, le vieillard dont on redoute qu’il se perde…). Et pour autant il semble que nous nous orientions vers une idée du voyageur immobile : c’est ce que vente les zélateurs du post-humain ; quelques implants et vous voilà transporté à Rio comme si vous y étiez !

D’ailleurs, le déplacement risque de nuire à la production comme à la gestion des flux. La virtualisation risque de porter un sérieux coup à la mobilité, à la confrontation physique au monde. Au bout du compte, ce sont les geeks qui sont dans le vrai, dans une projection avant-gardiste du retrait et de la forclusion renforcée : ainsi, pas de confrontation à l’autre, à la sphère physique de l’autre, mais de la production, du consommable immédiat et sans risque.

C’est en quelque sorte en produisant qu’on se consomme, que l’on consomme sa propre production et que l’on produit pour se consommer. La boucle se referme et l’échange de devenir, sur un autre registre, impossible…

 

Marc Bozec.



20/05/2013
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