Milgram, le retour...(10/02/13)

En mars 2010, l’expérience de Milgram (réalisée en 1963) a été adaptée pour mesurer le pouvoir de la télévision. (Pour plus de précision sur l’expérience de Milgam, http://www.psychologie-sociale.com/index.php?option=com_content&task=view&id=60&Itemid=2)

 

En 1963, si en présence de l’autorité 65% des personnes vont jusqu’à infliger la décharge maximale, en 2010, sur un plateau de télévision le nombre atteint est de 81% !

Le cadre de cette nouvelle expérimentation était un jeu baptisé « zone Xtrem » ; il se déroulait devant un public, et l’autorité du scientifique était remplacée par celle de l’animatrice.

Aucun des « cobayes » n’avait le profil d’un tortionnaire, mais ce qui est assez significatif, c’est que leur « état  agentique » était généré par l’autorité que représentait alors la mise en scène télévisuelle.

 

La télévision se voit confirmer un pouvoir exorbitant, ce d’autant que si l’on passe 9années pleines de notre vie à travailler, on en passerait 14 à regarder la télévision…

Reste à analyser le pourquoi de ce pouvoir. La piste de l’écran, de ce qui fait écran, n’est pas à négliger.

 

Que l’on se rappelle des images de tortures mises sur le Net par des soldats américains humiliant et torturant des suspects musulmans après la guerre du golf. Le fait de confier à l’écran le dédoublement de la réalité que constitue la vidéo semble les avoir alors extraits de toute culpabilité possible. En soi, avoir fait le choix de la diffusion, en disait déjà suffisamment long sur le statut ambigu du partage de telles vidéos.

 

L’écran fait écran, il neutralise, met en scène. Et par sa capacité d’absorption, il induit une forme de complicité fusionnelle qui écarte de la singularité et court-circuite toute notion de point de vue. Nous sommes confronté à une société de « l’écran total » et totalitaire.

En soi, le fait de recourir à l’information par l’image est déjà une forme aliénante : il est difficile de se dégager de l’impact de l’image et de sa contamination. Elle ne réclame pas la pensée, mais l’acceptation ou le rejet et ce, de manière immédiate, affective ou pulsionnelle.

 

Il semble aller de soi que le choix de la vidéo comme support privilégié n’est pas sans lien avec les réactions de nos contemporains : réactives, émotives, affectives et pulsionnelles avant tout.

De plus si l’autorité à laquelle on accepte de se soumettre n’est autre qu’un dédoublement pulsionnel d’un soi auto-référencé, le serpent ne sera pas long à se mordre la queue…

 

Les modes de pensées sont sans doute amenés à changer face aux nouvelles formes de sollicitations cognitives. Je pense qu’il faudrait  cependant faire en sorte que le rapport au savoir et la connaissance ne se fasse uniquement de manière ombilicale, sauf à vouloir « materniser » un peu plus nos sociétés…

 

MarcBozec.



10/02/2013
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