la confession(30/03/13)

L’avènement de l’individu a été permis par la mise en place dans l’antiquité tardive d’une forme « d’autonomie par rapport à son encadrement social et institutionnel » (Daniel Cohen). Il va de paire avec l’expression grandissante d’une intériorité que la confession encourage dans la religion chrétienne.

 

Ce qui est « intérieur », le « moi », s’exprime sous la condition d’une relation continue avec l’Autre, les autres ; celle qui fut avec le divin n’est plus envisageable, par manque de proximité : le dieu unique du christianisme est aux antipodes des dieux de l’antiquité qui n’hésitaient pas à se mêler aux hommes.

L’homme peu à peu se centre sur lui-même.

 

Se confesser, c’est accéder à la pérennité d’un moi, et la culpabilisation sous jacente à la confession, est un moyen d’affirmer l’appartenance à une communauté ainsi que l’intégration de ses règles. Elle permet aussi de rester « dans le jeu » du social.

 

Il y a dans l’intériorité qui fait que l’homme cherche une vérité en lui, une façon sur un mode réflexif de faire du lien, en retour, avec ses bases sociales, civilisationnelles, de nourrir sa propre mythologie, sa morale, comme ses propres fantasmes.

L’intériorité suppose d’avoir intégré son environnement social. Les bases de l’individualisme sont jetées.

 

Le nouveau sujet a un tout autre rapport à l’intériorité, et son mode de confession est une revendication paradoxale.

Sa confession relève pour partie de l’obscénité et se définit par une transparence ambiguë.

Ce qu’il montre, il le montre en fin de compte pour ne pas se montrer mais pour disparaître en se fragmentant dans l’expression de l’identique de ses nombreux « amis » qui sont autant de voyeurs aveugles que cet identique, dans sa banalité et parfois dans sa pornographie rassure.

Il en va de même de l’exposition dans des émissions de téléréalité, ou sur des sites tels que 2channel : on se confesse par écran interposé dans une mise en scène d’un fragment de soi.

Le moi est hypertrophié comme leurre d’un soi en déperdition. L’autonomie revendiquée est radicale et l’autoréférenciation fatale.

 

Somme toute, notre nouveau sujet confesse une intériorité abhorrée qu’il lui faut à tout prix exposer, externaliser pour la neutraliser.

Le social devient alors un chorus pornographique, une cacophonie dans lesquels toute possibilité d’identification devient irréalisable.

L’intériorité du nouveau sujet se résume à cette transparence qui a tout du leurre, au télescopage pulsionnel, à l’émotion comme mode de communication.

 

Sa confession l’absout en quelque sorte de lui-même.

Il communique en se consommant, en consommant des fragments de lui-même pour mieux disparaître à lui-même et aux autres, et le statut de victime le préserve en sa superbe. Il n’en est pas moins seul et en proie à la dépression : en lui plus rien qui ne soit en mesure d’assumer la singularité.

La confession s’inscrit dans la virtualité, faute d’assumer le vide et le manque à être, et elle a prétention à faire en sorte qu’un lien perdure. Le sujet, forclos, s’entretient dans l’illusion de la communication.

 

Marc Bozec.



30/03/2013
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