L'art et le chat (27/01/13)

Poussons un peu notre réflexion et étendons là à l’art…

-         Qu’est-ce que l’art aujourd’hui ?

-         ….. (le chat reste muet), pas de réponse.

Car il n’y en a pas, tout simplement.

L’art ne cherche en rien à se définir, il est passé au-delà de l’art (pour reprendre une formulation baudrillardienne), au-delà de la valeur et du discours sur l’art.

Il n’est plus question d’esthétisme, de beau, d’engagement, ni même d’art pour l’art.

Faute de destinataire et de propos, l’art est passé au-delà même de la simulation  et du simulacre.

L’art est devenu aune sorte d’Arlésienne : on parle de l’art mais on le cherche en vain, et on feint bien souvent de l’avoir trouvé.

L’art est, sans être, et il devient impossible de savoir ce qui relève ou non de l’art.

Ce que l’on sait, c’est que le marché de l’art gravite, à dessein, autour du trou noir qu’est devenu l’art. A force de prétendre au « tout vaut tout », l’art a atteint sa masse critique tout en devenant indiscernable : il s’est lui-même absorbé, phagocyté.  

Les chinois ne s’y sont pas trompés et ont trouvé la solution : ce n’est pas tant l’œuvre qui prévaut, mais le degré d’engagement des investisseurs, des acteurs potentiels d’un projet. Ce n’est pas de l’évènementiel, mais du pur marketing : n’émerge que ce qui a été savamment préparé, l’œuvre (s’il en est une) n’est que le sommet de l’iceberg. Et le dosage est fin qui mélange orientalisme, résistance à la société, dénonciation et récupération de concepts.

Il n’est plus question de questionner l’art puisqu’il est, tout en n’étant plus, et que l’indécidable nous extrait de toute tentative de jugement de goût : il n’y a plus vraiment d’objet sur lequel porter un jugement. Il suffit d’y percevoir quelques signes rassurants et identifiables. Mais seule la mise en scène médiatisée est en mesure de transfigurer la nullité en œuvre d’art.

 

Jean Baudrillard parlait du « complot de l’art » : « l’art a perdu le désir de l’illusion au profit d’une élévation de toutes choses  à la banalité esthétique (…) derrière la mystification des images, il s’est mis à l’abri de la pensée.(…)

L’art contemporain joue de cette incertitude, de l’impossibilité d’un jugement de valeur esthétique fondé, et spécule sur la culpabilité de ceux qui n’y comprennent rien, qui n’ont pas compris qu’il n’y avait rien à comprendre. »

 

A force de comploter, l’art contemporain s’est inscrit au-delà du sens, au-delà du signe, au-delà de sa propre fin. Sa revendication, passé le stade de la nullité revendiquée, est de l’ordre de l’adhésion radicale à l’indécidable.

Art mort ou art vivant ? On serait tenté de donner sa langue au chat…

 

Marc Bozec.

 



27/01/2013
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