framents et dispersion (20/07/13)

La fragmentation morcèle le nouveau sujet en séquences autonomes hautement différenciées qui l’extraient de toute unité et l’absolvent de toute responsabilité.

Les fragments, nous l’avons déjà précisé, sont aussi instables qu’éphémères. Il n’en demeure pas moins qu’ils interfèrent entre eux et possèdent un potentiel « explosif » que de fugitifs contacts peuvent  révéler.

 Le nouveau sujet  est dans le déni, ou à défaut dans l’instrumentalisation de l’Autre. La multiplicité de ce qu’il émet par le truchement des réseaux sociaux et des divers supports de « communication » concourt, paradoxalement, à la neutralisation de l’Autre et à sa réduction ; ce dernier devient un élément constitutif distancié d’un réseau d’émetteurs qui se neutralisent mutuellement.

Ces mêmes réseaux, qui décentralisent un peu plus l’individu au profit du nouveau sujet fonctionnent sur le mode de la dispersion.

 Elle est une des conséquences de la fragmentation, mais aussi une des nouvelles formes d’expression du nouveau sujet.

Ce dernier se disperse tout azimut, tant dans l’expression de ce qu’il donne à voir que dans la « gestion » de son propre ode de fonctionnement interne. Il se disperse et se déconcentre à l’envi.

En soi, il n’a plus d’autre centre que celui pulsionnel de l’émission de ses fragments : c’est une sorte d’épicentre permanent agité par l’énergie d’une excitation de tous les instants sur un mode de jouissance immédiate. Il est aussi passé du relationnel au réactif dans la plus totale des subjectivités égocentrées, ce, au profit d’un décentrage compulsif. Mais il est aussi passé du relationnel au relatif, relatif à ce dont il est sujet, à savoir la déstructuration autoproclamée de soi.

La dispersion donne à la fragmentation une dimension de contagion radicale et fatale : il n’est plus UN contre lequel s’inscrire ou que l’on puisse cautionner. Le fragment autonome est un leurre : s’il est repérable, il n’est pas pour autant identifiable, son origine s’inscrit dans une instantanéité éphémère. Sa fonction est pour partie l’indistinction, la « non traçabilité », mais aussi une forme de capacité à supporter, chez le nouveau sujet une agitation, une excitation permanente.

 

Le catalyseur, antidote de l’unité, est la dispersion : elle permet au sujet de s’excentrer sur un mode centrifuge et le dispense d’un retour sur soi. Elle lui évite une forme de surcharge qui lui serait fatale.

Ainsi, la capacité à la concentration s’amenuise-t-elle et rend les apprentissages difficiles, ce dans la mesure où ils ne sont pas compatibles avec la fragmentation ni avec l’excitation dont elle procède.

Le nécessaire retour sur soi, sur le savoir qu’est la réflexion, est pour le nouveau sujet une tension douloureuse, une mise sous pression insupportable puisqu’elle freine le processus sécuritaire de défense qu’est la fragmentation.

La difficulté à construire un savoir fragmentaire semble commencer à amorcer une forme de démission et de procuration en faveur de  la machine.

 

Reste que la dispersion me semble être un facteur incontournable, qui, s’il ne pose aucun problème aux logiciels perfectionnés, risque d’en poser un sérieux au nouveau sujet…

 

Marc Bozec.



20/07/2013
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