externalisation des savoirs (03/01/13)

L’externalisation des savoirs ne peut être considérée vraiment que sous l’éclairage de la notion de limite.

Cette notion est aujourd’hui fortement remise en cause. Ce qui auparavant posait l’expression des comportements, c’était la limite, qu’elle soit d’ordre éthique ou moral. Aujourd’hui, il n’est question que de s’en affranchir en la dépassant dans la fulgurance de l’expression de fragments propulsés par l’énergie du pulsionnel.

 

La limite est aussi le constat d’une maîtrise insuffisante de techniques ou de savoirs pour accéder à un degré supérieur. Elle procède par ailleurs du quantifiable (il y a effectivement une limite au remplissage d’une carafe), et aussi de la proximité territoriale ou comportementale dont elle pose les jalons. Elle est une « ligne « à ne pas dépasser, sauf à vouloir s’inscrire dans des débordements conflictuels et aujourd’hui procéduriers.

 

Savoirs et limite vont de paire en ce qu’aucun savoir n’est illimité et en ce qu’acquérir des savoirs rencontre un jour ou l’autre une forme de saturation, de limite. D’où sans doute cette externalisation des savoirs qu’a représenté pour partie le livre.

 

Le rapport que nous entretenons avec ce médium reste cependant distancié, ce, dans le sens où il s’agit d’un objet limité tant dans l’espace que dans son contenu. Il n’en va pas de même avec les supports informatisés dont les contenus ont prétention à l’illimité.

Ils procèdent de plus de la fascination et phagocytent, en quelque sorte, leur utilisateur, en commençant par le perdre dans les dédales de ses expressions multiples. Si ce dernier n’est pas déjà structuré par l’acquisition de savoirs, on se demande dans quelle mesure il aura la possibilité de se repérer et de se construire.

 

Les zélateurs du post humain ne s’y sont pas trompés qui ont déjà envisagé qu’il faudra bientôt intégrer, incorporer des supports nanotechnologiques au cœur même de l’humain. Les savoirs n’en seront pas moins externalisés et le résultat sera une totale inféodation de l’homme à la technique. On peut compter sur le performatif fragmenté ambiant pour que cela soir poussé à son paroxysme.

 

Tout cela repose curieusement sur le présupposé qu’il n’y a pas de limite à l’extension des nanotechnologies, et sur le fait que l’infinitésimal sera toujours exprimable et exploitable.

La « courbe intentionnelle » tend vers un infini et réduit d’autant l’espace d’une possible séduction au profit d’un indiscernable fusionnel, lequel, une fois réalisé, n’aura plus rien à voir avec l’idée même de limite…

 

Marc Bozec.

 



03/01/2013
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