Un chat un chat? (10/04/15)

 

Un chat un chat ?

En ces temps de désarroi éducatif, et face au désengagement des apprenants, la tendance est à l’élaboration de grilles d’évaluations comportementales alambiquées et foisonnantes (notons au passage, encore une fois, qu’il ne faut plus parler d’élève, à quoi bon s’élever, mais d’apprenant).

Ces grilles ont pour vocation de sensibiliser l’apprenant donc à son cursus scolaire et surtout à l’aider à évaluer ses progrès en terme d’investissement dans la tâche des apprentissages perçue comme oh combien fastidieuse, frustrante, et déroutante.

Si l’intention est louable, il n’en demeure pas moins qu’elle prête à se questionner sur le statut des élèves (apprenant m’ennuie, en bon réactif, à défaut de rétrograde, je persisterai donc dans une appellation qui me paraît significative et pertinente ne serait-ce que sur le registre du symbolique !).

Voilà donc l ‘enseignant plus que jamais technicien performateur et l’élève négociateur jouisseur confronté à la limite et à l’obligation de faire somme toute ses devoirs.

Ce qui ne fonctionne pas, c’est que les enfants sont aujourd’hui  une caste d’intouchables avec lesquels on négocie à tout vat : l’adulte est alors leur égal et tout leur est dû. Ajoutons à cela que notre société ne va que mue par l’excitation permanente et qu’elle est de plus maternante jusqu’à l’ «  incestuel ». Voilà donc les enseignants, comme les enfants d’ailleurs, dans une position bien délicate…

La parade trouvée au désinvestissement de la chose scolaire frise le ridicule : il s’agit de noyer le poisson en utilisant profusion de mots puisés dans une novlangue pédagogique qui a pour fondement de caresser dans le sens du poil, et de jouer de cette profusion à l’excès, sur le registre du simulacre. Joli désaveu d’impuissance qui consiste à tourner autour du gouffre sans jamais tenter de s’y pencher pour en mesurer la béance. Ce qui est inquiétant, c’est la caution de légitimité que semble apporter aux enseignants la maîtrise de ce « bien parler ».

Ceci dit, la contradiction entre l’intention et la réalisation est manifeste : pour faire que l’élève ne soit plus la victime de « la transmission des savoirs », qu’il ne soit plus simplement une «  tête bien faite », qu’il échappe à la performance, on fait qu’il se noie dans l’édiction d’une litanie de compétences psalmodiées qu’il n’a de cesse de valider. S’y retrouvera-t-il ? Et quid de sa difficulté à intégrer la règle, la loi lorsqu’il aura grandi ?

Le voilà, quoi qu’il en soit, conduit à être performateur de la performance : si ce n’est pas du simulacre, on est en droit de se demander ce que c’est... Quant à l’enseignant, il devient juge de touche d’une partie à laquelle on finira bien par lui interdire de participer (déjà que…).

Un chat un chat, pas si sûr…

Marc Bozec.

 



11/04/2015
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