sommes-nous Charlie? (9/01/15)

Charlie….

Par delà la réaction première, viscérale, celle de la sidération, de la colère, du deuil, se poser la question du pourquoi est le moins que l’on puisse faire pour rendre  hommage aux victimes de cette tuerie.

Ils ont défendu la liberté d’expression en se jouant des codes du politiquement correct, en jouant de l’excès face à l’excès (une des rares choses à faire pour ne pas y succomber, pour ne pas le sur activer). Renvoyer la doctrine et la violence intégristes au ridicule semble être en effet le meilleur moyen de les renvoyer au vide qu’elles prétendent combler.

Les terroristes, disait Jean Baudrillard, rêvent d’un « ennemi immortel », d’un ennemi qui soit sur ce même registre de la violence et de l’intégrisme, d’un tout autre intégrisme, celui de l’exigence pathétique et spéculative du réel, celui de la totale confusion des signes, celui de la perte de la valeur de l’humain, celui, somme toute de notre monde.

Les terroristes aspirent à la dévalorisation de l’humain,  comme ils aspirent à disparaître à eux-mêmes, aux autres, et à faire disparaître l’Autre, les autres en eux. Pour cela ils adhèrent à la diabolisation d’un autre stigmatisé, désigné comme le mal, et font le choix d’une identité ici religieuse qui les dispense de toute revendication singulière. Ils aspirent à disparaître totalement et se jouent de la mort comme ultime preuve de leur identité éviscérée.

L’autre a alors un prix, celui de sa propre mort qui lui interdit de faire obstacle, comme de participer à l’édification de l’individu.

L’individu est une notion inaboutie. La singularité en est une toute autre qu’il nous faut revendiquer : celui qui est singulier participe du monde et de l’autre, il est le fait des autres mais a fait le choix de prendre le risque de se gouverner par lui-même et d’en assumer les conséquences.

Ceux qui ont été assassinés étaient de ceux-là, et ils l’ont payé cher ; on leur a fait payer cher, et quelque part nous en sommes tous responsables faute de n’avoir de réponses à donner à la violence du monde.

Pouvons-nous vraiment nous revendiquer « d’être Charlie » ?

Il n’est pas sûr qu’en de telles circonstances nous eussions été de leur trempe…

 

Marc Bozec.

 



09/01/2015
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